Durant des siècles, et encore aujourd’hui dans de nombreux pays (voir l'actualité permanente), des clergés ont exercé (exercent) leur pouvoir sur la société.
L’anticléricalisme, naturellement, est l’expression logique d’une protestation radicale aux abus de pouvoir exercés par les clercs, moines, imams, rabbins, brâhmanes...

Ainsi, en France, pendant tout le 19ème siècle et au début du 20ème, l’anticléricalisme fut un phénomène populaire et quotidien qui s'exprimait par la satire et la caricature.

écrasons l'infâme
illustration pour « Ecrasons l’infâme ! », hymne des libres penseurs
diffusé par « La république anticléricale » dans les années 1880

Mais l'anticléricalisme vient de plus loin.
Ainsi le Carnaval (en italien "enlever la chair") fut une des premières manifestations populaires anticléricales.
Il commençait dans les jours qui précédaient le mercredi des cendres, avant quarante jours de recueillement et de carence (le carême).
En Espagne, lors du carnaval on enterrait un cochon ouvert. Au cours des siècles «cerdina» (porc) est devenu «Sardina» (sardine). On fête encore aujourd'hui, "l'enterrement de la sardine" (célèbre tableau de Goya).

L’anticléricalisme des siècles passés ne faisait pas dans la demi-mesure. Si les slogans tel "A bas la calotte" avaient le mérite d'être simples et percutants, la confusion entre critique d'une politique cléricale et irrespect des personnes était fréquente et les termes employés souvent péremptoires, emprunts d'agressivité et de vulgarité (voir, par exemple, ci-dessous la Marseillaise de l'ineffable Léo Taxil).

L'anticléricalisme avait aussi une faiblesse de fond, une faible analyse théorique. Appuyé sur une critique justifiée mais systématique de la religion, il se définissait essentiellement "contre", en confondant la croyance et l'institution. Travers dans lequel le concept actuel de laïcité se garde, la plupart du temps (?), de tomber.

"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances."
Tels sont les termes de l'article 2 de la constitution de 1958.
La République "connaît" donc les religions, mais ne les "reconnaît" pas.
Principe essentiel, qui reste à défendre, y compris face à ceux qui veulent, au nom d'une lecture erronée des sourates (salafistes attardés), interdire aux femmes le droit à vivre à visage découvert.

République à visage découvert

L'anticléricalisme, quand il ne tend pas vers le fétichisme, est nécessaire mais doit être sans cesse réinventé.
Calquer sur notre époque un anticléricalisme de style fin 19ème - début 20ème siècle serait bien sur stupide.
Il est aujourd'hui encore une riposte idéologiquement limitée, insuffisante, mais cependant nécessaire.
Exemple : tentative "d'actualisation" de la loi de 1905 ou émergence de la "notion" de laïcité positive (il faut toujours se méfier des adjectifs) par l'ex président de la République, appuyé comme il se doit par le Vatican (les religions seraient désormais "reconnues" par la République).

L'anticléricalisme, ce "séculaire combat de l'humanisme laïque" (Régis Debray) doit encore et toujours riposter.
En n'oubliant pas la lutte contre "l’emprise" sur la société de cet autre clergé, la sphère polico-médiatique.

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A lire, ci-dessous la Marseillaise anticléricale et la chanson de Montéhus.
Marseillaise anticléricale par Léo Taxil * (1854 - 1907)


- 1 -

Allons ! Fils de la République,
Le jour du vote est arrivé !
Contre nous de la noire clique
L'oriflamme ignoble est levé. (bis)
Entendez-vous tous ces infâmes
Croasser leurs stupides chants ?
Ils voudraient encore, les brigands,
Salir nos enfants et nos femmes !

Refrain

Aux urnes, citoyens, contre les cléricaux !
Votons, votons et que nos voix
Dispersent les corbeaux !

- 2 -

Que veut cette maudite engeance,
Cette canaille à jupon noir ?
Elle veut étouffer la France
sous la calotte et l'éteignoir ! (bis)
Mais de nos bulletins de vote
Nous accablerons ces gredins,
Et les voix de tous les scrutins
Leur crieront : A bas la calotte !

- 3 -

Quoi ! Ces curés et leurs vicaires
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! Ces assassins de nos pères
Seraient un jour nos meurtriers ! (bis)
Car ces cafards, de vile race,
Sont nés pour être inquisiteurs...
A la porte, les imposteurs !
Place à la République ! Place !

- 4 -

Tremblez, coquins ! Cachez-vous, traitres !
Disparaissez loin de nos yeux !
Le Peuple ne veux plus des prêtres,
Patrie et Loi, voilà ses dieux (bis)
Assez de vos pratiques niaises !
Les vices sont vos qualités.
Vous réclamez des libertés ?
Il n'en est pas pour les punaises !

- 5 -

Citoyens, punissons les crimes
De ces immondes calotins,
N'ayons pitié que des victimes
Que la foi transforme en crétins (bis)
Mais les voleurs, les hypocrites,
Mais les gros moines fainéants,
Mais les escrocs, les charlatans...
Pas de pitié pour les jésuites !

- 6 -

Que la haine de l'imposture
Inspire nos votes vengeurs !
Expulsons l'horrible tonsure,
Hors de France, les malfaiteurs ! (bis)
Formons l'union radicale,
Allons au scrutin le front haut :
Pour sauver le pays il faut
Une chambre anticléricale.


* Léo Taxil s'appelait Marie Joseph Gabriel Antoine Jogand-Pagès.

Chanson de Montéhus * (1872-1952), sur l’air de l’Internationale.

- 1 -

Contre les vendeurs de bêtises,
Contre ceux qui faussent le cerveau,
Contre les tenanciers de l’Eglise,
De la raison levons le drapeau.
Au lieu d’ bâtir des cathédrales.
Et d’ faire des chapelles pour Jésus,
Nous voulons, chose plus idéale,
Faire des gîtes pour les pieds nus.

Refrain :

C’est la chute finale
De tous les calotins,
L’anticléricale
Voilà notre refrain.
C’est la chute finale,
De tous les f... tiens,
L’anticléricale
Fera le mond’ païen (bis)

- 2 -

Assez de messes et de prières,
Nous ne somm’s plus des résignés
Vous n’apaiserez pas nos colères,
Vous avez fini de régner.
Nous ne serons plus vos victimes,
La lumière a frappé nos yeux,
Et nous avons vu tous vos crimes,
Band’ de jésuites, marchands d’ bons dieux.

Refrain

- 3 -

Nous ne voulons ni Dieu, ni prêtres,
Plus d’ prejugés, plus d’religion,
La raison doit guider les êtres,
Hors de tout’s les superstitions.
Des cerveaux, c’est la délivrance,
Des esprits, la tranquillité,
Et c’est la fin de l’ignorance,
Dans les ténèbres,c’est la clarté.

Refrain

- 4 -

Vous êt’s les enn’mis de la science,
Vous êt’s les enn’mis du genre humain,
Vous n’avez ni coeur ni conscience,
Vous n’aimez qu’une chose : le butin.
Nous démolirons vos bastilles,
Ces geôl’s que l’on appelle couvents,
Hors du monde, les noires guenilles,
Vous avez vécu trop longtemps.

Refrain

- 5 -

Eh ! oui, nous ferons taire vos cloches,
Nous ferons sauter vos verrous,
Afin de faire vider vos poches,
A vous, syndicat de filous.
Pendant qu’le peuple dans la misère,
Reste sans pain, sans gîte, sans feu,
Vous entassez, band’ de vipères,
L’argent volé aux malheureux.

Refrain

- 6 -

Vous pouvez sortir vos bannières,
Crier à la profanation,
C’est pour l’humanité entière,
Qu’nous vouons votre abolition.
Pour fêter la chute finale,
Nous prendrons à vos cardinaux
Leur robe rouge et la Sociale
S’en fera de jolis drapeaux.

* Né Paris le 9 juillet 1872, il s'appelait Gaston Mordachée Brunschwig, était l'aîné d'une famille de 22 enfants et a débuté dans la chanson à 12 ans (sous le nom de Montéhus). Ill publia sa première chanson, "Au camarade du 153e", en 1897, à Châlons-sur-Marne.