Francis blog

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Tag - Rembrandt

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vendredi, 11 juin 2010

Qumran

manuscrit Qumran

J'ai visité, à la BNF, l'exposition Qumran, le secret des manuscrits de la mer morte.
La BNF, avec ses quatre tours "livre" est assez quelconque de l'extérieur, mais intéressante quand on est sur la plate-forme supérieure, que la pluie rend luisant le bois du sol et que la forêt plantée dans la cour intérieure s'aperçoit progressivement.
L'entrée de l'exposition n'est pas chère, sept euros et le péristyle qui mène à l'expo est beau, simple, lumineux.
Pour conforter d'aucuns d'entre vous dans leur opinion de vieux phacochère grognon me concernant, je commencerai par ce qui ne m'a pas paru très réussi, la conception de l'expo.
Comme souvent maintenant, l'exposition s'expose plutôt qu'elle n'expose.
L'éclairage minimal (pour recréer l'impression grotte) ne facilitait ni la lecture des textes, ni l'observation des fragments de manuscrits.
Pour créer un parcours dans cette grande salle rectangulaire, le scénographe avait multiplié les pupitres de différentes tailles, créé de grands cylindres de tissus dans lesquels étaient projetées des images, affichés de grands panneaux contant l'histoire des lieux, des documents, des écritures...
Les visiteurs étaient nombreux, approcher certains manuscrits demandait un certain goût pour la gymnastique obséquieuse - pardon, s'il vous plaît, je vous en prie - et pas mal d'impatience contenue.
Enfin, mais pas à la fin, assez peu de documents originaux sont présentés. Les pièces les plus importantes sont des fac-similés, excellents cependant. Ce n'est pas très gênant.
Quant au contenu de l'exposition il est très intéressant, même s'il est nécessaire d'être un peu averti si l'on ne veut pas passer des heures à lire les nombreux outils didactiques suspendus sur tous les murs.
Mais si vous voulez :
  • connaître l'histoire genre "Indiana Jones" de la découverte des manuscrits de la mer morte,
  • vous étonnez de la férocité des luttes pour le contrôle des manuscrits (entre Kafka et les Marx Brothers),
  • douter avec les scientifiques de l'existence des esséniens,
  • ne plus rien ignorer des bibles masorétiques, de la Septante, de l'Hexaples d'Origène,
  • voir des manuscrits sur cuir ou sur cuivre,
  • décoder la stèle de Mésha et le code d'Hammurabi,
  • constater que le code d'Hammurabi contenait bien avant la bible une description du déluge et des articles de loi proches de ceux que l'on trouve dans la "Loi de Moïse",
  • comparer les écritures cunéiforme, phénicienne, akkadienne, syriaque, araméenne, paléo-hébraïques, judéennes, arabe, grecque...,
  • vous étonner de la beauté simple des jarres de terre cuite,
  • admirer le tableau de Rembrandt "Tobie, rendu aveugle après avoir reçu de la fiente d'oiseau dans les yeux, à qui l'archange Raphaël, envoyé par Dieu, rendit la vue" (le livre de Tobie, apocryphe pour les catholiques, est très présent dans les manuscrits de Qumran),
allez voir cette exposition.
Le livre de l'exposition est admirablement bien fait et permet ensuite de tout relire et de tout revoir tranquillement.
L'expo continue jusqu'au 11 juillet.

raphael_tobie.jpg
Rembrandt - L'archange Gabriel quittant la famille de Tobie - Musée du Louvre


dimanche, 20 décembre 2009

Le retour du fils prodigue




Rembrandt Harmensz (ou Harmenszoon) van Rijn (1606-1669) Le Fils prodigue
Évangile de Luc 15, 11-32 (Bible de Jérusalem, p. 1789)
peinture sur toile (1669) 262x205 cm - dernier tableau achevé par Rembrandt - les personnages sont de taille réelle - Saint-Pétersbourg, Ermitage

Le Père en majesté inscrit sa majuscule au commencement de tout. Voûté comme un arc roman, et de courbe plénière, sa stature s'accomplit dans l'ovale géniteur qui rayonne au tympan. Son visage est celui d'un aveugle. Il s'est usé les yeux à son métier de père : scruter la route obstinément déserte, guetter du même regard l'improbable retour. Sans compter toutes les larmes furtives. Il arrive qu'on soit seul ! Oui, c'est bien lui, le Père, qui a pleuré le plus !

Je regarde le fils. Une nuque de bagnard. Et cette voile informe dont s'enclôt son épave, ces plis froissés où s'arc-boute et vibre encore le grand vent des tempêtes. Des talons rabotés comme une coque de galion sur l'arête des récifs, cicatrices à vau-l'eau de toutes les errances. Le naufragé s'attend au juge: "Traite-moi, dit-il, comme le dernier de ceux de ta maison."Il ne sait pas encore qu'aux yeux d'un Père comme celui-là, le dernier des derniers est le premier de tous. Il s'attendait au Juge, il se retrouve au Port, échoué, déserté, vidé comme sa sandale, enfin capable d'être aimé.

Appuyé de la joue tel un nouveau-né, au creux d'un ventre maternel, il achève de naître. La voix muette des entrailles, dont il s'est détourné, murmure enfin au creux de son oreille. Il entend : "Lève les yeux, prosterné, éperdu de détresse, et déjà tout lavé dans la magnificence, lève les yeux et regarde ce Visage, cette Face très sainte qui te contemple amoureusement. Tu es accepté, tu es désiré de toute éternité. Avant l'éparpillement des mondes, avant le jaillissement des sources, j'ai longuement rêvé de toi et prononcé ton nom. Vois donc ! je t'ai gravé sur la paume de mes mains : tu as tant de prix à mes yeux. Ces mains, je n'ai plus qu'elles, de pauvres mains ferventes, posées comme un manteau sur tes maigres épaules - tu reviens de si loin -, lumineuses, tendres et fortes, comme est l'amour de l'homme et de la femme, tremblantes encore - et pour toujours - du déchirant bonheur.
Les seuls regards d’amour sont ceux qui nous espèrent .


Rembrandt et le retour du fils prodigue (extrait)
Baudiquey, Paul
éditions Ame , Lyon - octobre 2004

Pour R.C.B. et d'autres...

dimanche, 15 février 2009

Les rêves qui nous hantent

REMBRANDT Harmensz. van Rijn - Bethsabée au bain tenant la lettre de David - 1654 © Musée du Louvre


C'est mon frangibus Stéphane R. qui a une très jolie voix et qui n'a pas eu peur de chanter «Amsterdam» de Brel. C'était casse-gueule, il s'en sort pas mal du tout.

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mercredi, 17 septembre 2008

De plus près

Le site de la fondation Kremer utilise l'API de GOOGLE (agrandissement des cartes) pour présenter sa collection de peintures hollandaises (Rembrandt, Hals, Pieter de Hooch, etc.).
Très bonne idée et excellent moyen de voir une œuvre d'art sur internet avec une extrême précision. Bon, il n'y a pas l'objet, la matière, le relief, la lumière qui bouge, mais je ne suis pas sur qu'il soit possible d'approcher de si près un tableau dans un musée. «Hep, vous là bas !»
C'est comme tout internet, les courriels, les textos ; ça ne remplace pas, c'est en plus.

rembrandt_viel_homme_detail.jpg
Rembrandt Harmensz van Rijn
(Leiden 1606 - 1669 Amsterdam)
Buste de viel homme avec turban (détail !)


Cliquez sur l'image pour voir l'œuvre.
Cliquez ICI pour voir le site de la Fondation Kremer

Information trouvée sur le site du graphiste designer Geoffrey Dorne. A visiter.

lundi, 30 juin 2008

Pan pan cul cul

C'est l'édito de Philippe Val dans Charlie Hebdo du mercredi 2 juillet 2008, que je vous invite vivement à vous procurer sans tarder. C'est pas bien de lui piquer son article.
Mais j'aurais tellement aimé être capable de l'écrire, avec ces mots là et avec cette justesse de propos et d'analyse que je n'ai pas résisté à vous le faire partager.
Quand je vois un père ou une mère qui fout une tarte à un môme à lui dévisser la tête, au supermarché, dans la rue ou ailleurs, il m'est impossible de ne pas réagir. Faut dire aussi que j'ai une "culture" et quelques données expérimentales anciennes sur la question !

rembrandt_zittend_naakt.jpg
Rembrandt - Zittend Naakt (nu assis) - eau forte


Dans le bar du TGV, une mère en train de se commander un sandwich. A ses pieds, deux gosses en bas âge. lls piaillent trop fort, comme le font désormais les enfants dans les trains. Soudain, maman, jusque-là indifférente au souk que les deux gamins foutent dans la voiture-bar, craque, et gueule, juste un peu plus fort que ses deux-têtes-blondes-et-bouclées-d'accord-c'est-du-souci-mais-c'est-aussi-tellement-de-joie afin d'en être entendue : "Mathis ! MATHIS !!! Si tu tapes ton frère, je te mets la fessée !"

Et voilà, la boucle est bouclée. Tu tapes, je te tape, je suis tapé, je taperai, c'est la fabrique universelle du con. Mais si maman tape Mathis et que Mathis, en arrivant à la gare, dit à son papa que maman l'a tapé, peut-être que papa ne sera pas d'accord avec maman et lui foutra une beigne. Dans la baffe, c'est la première qui brise le tabou, après, c'est facile.

Le Conseil de l'Europe vient de lancer une campagne contre les châtiments corporels. Sur l'affiche, on peut lire ceci : "Quand on frappe les adultes, c'est une agression, quand on frappe les animaux, c'est de la cruauté, quand on frappe les enfants c'est pour leur bien." Encore aujourd'hui, la facilité avec laquelle la langue justifie que l'on batte un gosse en dit long sur la généralité de la pratique. Evidemment, les bonnes grosses voix de bon sens ont trouvé, là encore, un argument : "Eh ben i manquait pu ksa, vla maintenant kleurope veut nous dire comment ki faut élever nos gosses...".

La Cour européenne des droits de l'Homme a arrêté que "tous les châtiments corporels sont contraire aux droits de l'enfant". Que les anti-européens se rassurent : la France n'a pas voté de lois pour se mettre en conformité.

Les psychanalystes sont formels : jamais de châtiments corporels. L'éducation n'est pas un dressage, mais un apprentissage de la liberté et de la responsabilité. Certes, on voit bien à quel point il est facile de se moquer de cette campagne européenne contre la fessée, à l'heure de la crise du pétrole, de l'immobilier, du pouvoir d'achat et du dollar qui chute. Mais l'Europe, avant tout, c'est une certaine idée de la civilisation et du droit. Les civilisations sont produites par les individus, et les individus ne sont pas les mêmes selon qu'ils vivent dans une société où l'on peut ou non frapper les enfants.

Tout le monde s'accorde à dire, par exemple, que les prisons françaises sont un scandale. En effet, c'est le meilleur endroit du monde où un délinquant peut apprendre à devenir un criminel. L'enfermement dans les conditions actuelles est destructeur pour les individus, humiliant, et dangereux pour leur santé physique et mentale. Tout le monde le sait. Tout le monde dit que c'est mal, mais au fond, tout le monde s'en fout, puisque ça fait trente ans qu'on ne fait rien, que ça empire, et que ça empeste la société française. Mieux : tout le monde sait que cette aggravation des conditions de détention s'assimile à la torture. Mieux, elle est utilisée comme telle par l'autorité judiciaire. La Cour des droits de l'Homme condamne régulièrement la France pour cela, et pourtant rien ne change. Pourquoi ? Parce qu'on est dans un pays d'enfants battus, et que tout le monde se résigne à l'insupportable. Personne ne se sent le droit de contester profondément la violence excessive et inacceptable du châtiment. C'est une culture. Le cas de François Bayrou est intéressant. Il dit lui-même que la baffe qu'il a balancée au gosse qui tentait de lui faire les poches a lancé sa campagne de 2002. La réaction instinctive de Bayrou, à mon sens regrettable, mais compréhensible, est une chose. La popularité qu'il en a tirée, en revanche, est désespérante. Elle en dit long sur la vérité profonde des rapports entre parents et enfants. Lorsque le coup arrive sur l'enfant, il vient de la force indépassable de l'adulte. Il imprime l'idée que ce châtiment est sacré, fatal, et qu'il est vain, voire même qu'il est périlleux de le discuter. Le geste est lui-même l'affirmation d'un pouvoir jamais négociable qui ne laisse comme issue à l'enfant que la dissimulation, le mensonge, la fuite, et la culture du talent pour manipuler ses parents, s'il le peut. Lorsque la vie d'un individu est bordée par ces deux jumeaux, le châtiment et la récompense, on peut dire sans risque de se tromper qu'il s'agit d'une vie ratée, quand bien même, matériellement, elle ressemblerait à une vie réussie. En Suède, par exemple, les châtiments corporels sont interdits. Et les prisons sont les lieux de réhabilitation où la vie est décente, ce qui ne retire absolument rien à l'autorité judiciaire. Le taux de récidive y est quasiment nul, alors qu'en France il tourne autour des 50 %. Ceux qui ne frappent pas les mômes n'accouchent pas de la même civilisation que ceux qui les tapent "pour leur bien".

Il serait intéressant de faire une enquête auprès des pédiatres pour savoir combien ils traitent de pathologies dont la cause directe ou indirecte est le châtiment corporel. Les coups portés aux enfants sont la troisième cause de mortalité infantile. L'amour parental, l'amour filial, autant d'amours qui ne se discutent pas. Et pourtant on a bien tort. Toute cette guimauve sentimentale cache un continent où ne règnent ni l'amitié, ni l'amour, ni la confiance. Quand un tout-petit terrorisé prend un coup, comment ne pas imaginer que, pour lui, le monde entier le menace ? C'est l'école de la paranoïa, de la névrose, et de la formation de psychose. Et c'est le cas de le dire : tous n'en mouraient pas, mais tous étaient frappés. La langue, une fois encore, le dit elle-même, précisément quand on dit de quelqu'un de déséquilibré : il est frappé. Si Freud a mis en lumière le fameux complexe d'Oedipe, amant de sa mère et assassin de son père, on ne s'est pas assez posé la question des sentiments qui animent les parents vis-à-vis de leurs enfants. On les suppose d'entrée de jeu bienveillants. lls sont, à la fois, l'amour et l'autorité et la sécurité, quoi qu'il arrive. Les rares qui manifestent ouvertement par leur attitude indifférente ou agressive une absence d'amour sont considérés comme monstrueux, c'est-à-dire exceptionnels. C'est une pure hypocrisie. Le nombre de parents traversés par des pensées malveillantes, voire par la haine de leur gosse, est considérable, mais ils maquillent leurs sentiments inavouables du fard de l'autorité "sévère mais juste". lls dissimulent ainsi la vérité de leur méchanceté sous l'alibi d'une éducation responsable. Si la famille était ce havre d'amour et de valeurs éternelles dont on nous rebat les oreilles, Shakespeare n'aurait jamais écrit Hamlet.

Une autre enquête serait intéressante : dans nos fameuses banlieues d'où déboulent des petites bandes qui provoquent des bagarres violentes, qui brûlent des bagnoles, et qui sèment la terreur dans leur cité, que pensent les parents des châtiments corporels ? Ils ont dû constituer la moitié du dialogue entre les générations. Il y a gros à parier que ces enfants ont pris des coups, des gifles, des fessées, jusqu'au jour où ils sont devenus assez grands pour foutre la trouille à leurs parents. Ces jeunes sont le cauchemar de la société. Et pourtant, ce sont vraisemblablement ceux qui ont reçu les coups les plus fréquents et les plus violents. On ne peut pas dire qu'il en résulte une génération merveilleusement éduquée. Ca devrait faire réfléchir les partisans "d'une bonne baffe de temps en temps pour rétablir l'autorité". Ben non. A croire qu'au fond le but de la baffe et de la fessée, c'est la baffe et la fessée, sorte de décharge orgastique qui contient sa propre nécessité, et dont le sens qu'on lui donne n'est qu'un alibi pour pouvoir continuer à frapper.


Philippe Val - Charlie Hebdo N° 837 - 2 juillet 2008