je jubile.
Depuis le temps que je vous disais que le concombre est un légume immangeable, voilà que la vérité éclate, c'est dangereux, voire mortel.
J'étais dans une soirée chez une amie chère qui fêtait son anniversaire et une des invités, que je ne connaissais ni de la lèvre ni de la dent, m'a véritablement gâché la soirée parce qu'elle avait fait deux plats à base de concombre et que je lui ai dit, honte à moi, que je déteste ça. Le concombre. Prise de tête pendant deux plombes. Le genre qui se croit drôle à ricaner sur le monde. Elle a sans doute de l'humour, mais de toutes évidences, on n'a pas le même. La prochaine fois, je me casserai si elle est là. En attendant je lui dédie ce billet.

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Le concombre (Cucumis sativus) est une plante potagère herbacée, rampante, de la famille des cucurbitacées comme la calebasse, le melon, la courge, le cornichon.
La plante qui poussait naturellement au pied de l'Himalaya, où il aurait été judicieux de la laisser tranquillement vivre sa vie, aurait été "domestiquée" pour la première fois en Inde il y a au moins 3000 ans.

Qu'est-ce qu'un concombre ?
La description ci-dessus s'avère rapidement insuffisante pour cerner l'extrême complexité de l'identification dudit légume.
Deux types de concombres encombrent les étals mercantiles : le concombre épineux et le concombre batave communément dénommé hollandais. C'est le plus courant.
Mais la classification s'avère plus complexe.
La commission européenne, dans sa grande sagesse, en a fixé les caractéristiques minimales essentielles.
Les concombres doivent être: "entiers", "sains", "d'aspect frais", "fermes", "pratiquement exempts de matière étrangère visible", "pratiquement exempts de parasites", "exempts d'humidité extérieure anormale". Ils doivent "avoir atteint un développement suffisant tout en ayant des graines tendres."
La même commission, qui ne craint pas l'oxymore, a créé une catégorie, le "concombre extra". Ce dernier doit être "assez bien formé et pratiquement droit".
Définition de la droiture : la hauteur maximale de la courbure ne doit pas excéder 10 mm pour une longueur de 10 cm.
Par surcroît, le "concombre extra" se doit de présenter une charge pondérale fixée au minimum à 180 g quand il est cultivé en plein air, et à 250 g s'il est cultivé sous abri."
Qu'à cela ne tienne penserez-vous in petto, je vais prendre un gros concombre. Méfiance ! Le concombre de plus de 500 g doit avoir "une longueur minimale égale à 30 cm". Et dans tout les cas être irrémédiablement vert foncé, sans la moindre tâche jaune.
Concombrophiles impénitents soyez donc très attentifs lors de votre prochain achat. Vous devrez rejeter sans vergogne tout concombre qui aurait l'impudence de se montrer trop dodu ou trop maigre, bossu, trop long, anorexique ou légèrement métissé (le jaune).
Attention au mélange de concombres que votre commerçant, considéré comme génétiquement cupide, aura savamment créé pour vous gruger : "la différence de poids entre la pièce la plus lourde et la pièce la plus légère contenues dans un même colis ne doit pas excéder 100 grammes lorsque la pièce la plus légère pèse entre 180 et 400 grammes, et 150 grammes lorsque la pièce la plus légère pèse au moins 400 grammes." (1) Vous êtes prévenus... et ne vous hasardez pas dans votre supermercato habituel sans vous munir d'une balance, d'un double-décimètre et d'une perspicacité redoublée. (Tiens ! Un zeugme).

Où les concombres se dissimulent-ils généralement ?

Bien entendu, l'identification sera aisée quand vos hôtes vous annonceront triomphants un concombre à la crème et tomates/mozzarella ou au yaourt goût bulgare et fines herbes. "C'est très frais et avec la chaleur qu'il fait ! "
Nous vous expliquerons ultérieurement comment échapper à cette situation alarmante. Il vous faut auparavant savoir identifier le concombre caché. Celui qui sera haché ou coupé menu et qui gâchera la totalité du plat par son odeur pestilentielle :
  • le taboulé
  • le achard de légumes
  • le chlodnik Polonais (Soupe froide à la Betterave et au Yaourt)
  • le gaspacho Andalou
  • le makis Japonais
  • le pain Pita aux Crudités
  • le Raïta (Concombres au Yaourt)
  • le oulet gong bao (Chine)
  • le cacik : concombre râpé avec yoghourt et ail (turquie)
  • le Çoban salatasi : salade mixte avec tomates, concombre, oignons (turquie)
  • le boulghour (Liban)
  • le raita (Inde)
  • la soupe pho et la soupe bo bun (Vietnam)

Mais cette liste ne peut être exhaustive, nous vous conseillons donc, si vous voyagez, d'apprendre dès aujourd'hui à dire "concombre" dans quelques langues.

  • chinois : huáng gua
  • italien : cetriolo
  • patois angevin : cocombre
  • allemand : Gurke
  • anglais : cucumber
  • catalan : cogombre
  • danois : agurk
  • espagnol : pepino, cohombro
  • espéranto : kukumo
  • hongrois : uborka
  • ido : kukombro
  • indonésien : mentimun
  • latin : cucumis
  • indi : ककड़ी
  • malais : mentimun
  • norvégien : agurk (no), slangeagurk
  • néerlandais : komkommer
  • papiamento : kònkòmber
  • portugais : pepino
  • sranan : komkomro
  • suédois : gurka
  • turc : hiyar, salatalik
  • zoulou : ikhukhamba

Comment éradiquer cette herbacée malfaisante ?

Le concombre a une faiblesse génétique d'importance : il est facilement sujet aux maladies bactériennes et virales. Nous pourrions donc imaginer une stratégie basée sur l'utilisation massive d'armes bactériologiques et l'inoculation de certains virus, tel le virus de la mosaïque du concombre (VMC).
Inoculée dans la feuille du concombre, la souche du virus provoque des lésions brunes, jaunâtres qui s'étendent lentement jusqu'à une nervure tandis que des plages nécrosées apparaissent sur les tiges et les feuilles. Aidées par quelques parasites opportunistes, les lésions seront rapidement envahies par divers champignons comme les pythium et les fusarium oxysporum, qui feront pourrir la base de la plante déjà affaiblie. Mais, ennemi de toute guerre, y compris bactériologique, nous ne préconisons pas cette solution, certes radicale. Quoique !

En consommant des concombres, vous prenez de grands risques !

Il existe un concombre sauvage ou momordique encore nommé concombre d'âne qui développe suavement sa vie de concombre dans les endroits ensoleillés, au bord des chemins et des champs. A maturité il détache son pédoncule ce qui provoque le jaillissement des graines qui se dispersent, projetées avec la pulpe à plusieurs dizaines de centimètres, genre explosion comme dit l'un de mes amis concombrophile (je ne suis pas sectaire).
Le jus qui s’échappe avec les graines est toxique et protège la plante de l’appétit des herbivores. L’ecballium elaterium, c'est son nom scientifique, est reconnu comme toxique et dangereux, il provoque convulsions, paralysie nerveuse, chute de tension !

Comment faire pour ne pas avoir à vivre le drame d'une consommation inéluctable ?

C'est très simple. Quand le Maître ou la Maîtresse de maison, vous demandera "tu aimes les champignons ? " (ou la betterave rouge, ou le fenouil), vous déclarerez haut et fort "j'aime tout, sauf le concombre". Vous voilà protégé pour les fois suivantes. "Ah ! c'est vrai tu n'aimes pas les concombres ! ".
En cas de situation non préalablement balisée et avant d'appeler le 15, il vous reste encore l'excuse allergique : "je deviens immédiatement tout rouge, ma gorge gonfle jusqu'à l'étouffement, mes cheveux tombent par poignées, mes cristallins s'opacifient, mes rétines se décollent, mes bronches s'emplissent d'un mucus purulent et nauséabond, ma prostate gonfle et durcit comme une pierre, l'apoptose gagne les neurones de mon système dopaminergique par la voie mésocorticolimbique, mes jambes enflent, mes intestins émettent des borborygmes de tuyauterie d'immeuble, le tout accompagné d'une agressivité irrépressible vis à vis de toute vie animale environnante - plus particulièrement cochon d'inde, poisson rouge ou lapin nain." Nous sommes tous devenus allergiques à tout et n'importe quoi, ça marche très bien.
Pour finir, un détail d'importance, je déteste les concombres.
Bon appétit.

(1) Règlement (CEE) N° 1677/88 De la Commission du 15 juin 1988 fixant des normes de qualité pour les concombres, modifié par le Règlement (CE) N° 386/2005 de la Commission du 8 mars 2005 (JO n° L 62 du 9.3.2005)