Francis blog

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samedi, 25 avril 2015

Antonin Dvorak

Sublime "String Quartet No. 12 in F major, Op. 96 'American': II. Lento" par le Alban Berg Quartett


Peinture "Christina's World" by Andrew Wyeth

lundi, 6 avril 2015

Genius

Chilly Gonzales - Dot Une sorte de génie berlino-québéco-ashkénaze fils naturel d'Erik Satie et de Glenn Gould. Au bout de 2mns 19 il devient fou !
J'écoute en boucle.



samedi, 28 mars 2015

Coward



I miss my friends and my guitar
I'm knowing I can travel far
But now I'm only standing here
Completely paralyzed with fear

The fear of who I come to be
Of all the weaknesses in me
I truly thought I was prepared
But now I'm panicked and I'm scared

But how did I become a coward ?
How did I become a coward ?
How did I become a coward ?
How did I become a coward ?
(Coward, coward, coward...)

I lived alone and I was free
To do whatever came to me
But I was craven to share
If only I could ever dare

To care but someone else but me
If I would do create the tree
But them I look all of the tree
You turn it into starting real

But how did I become a coward ?
How did I become a coward ?
How did I become a coward ?
How did I become a ...
How did I become a ...
How did I become a coward ?
(Coward, coward, coward...)

Little girl, little boy
Do you feel my fear ?
And do you feel my joy ?
Now you've entered my body
Straight to my heart
And into my soul
Grow, grow

And now the voice inside my head
Is telling me to go ahead
You're not (coward ! coward ! ...)

But how did I become a coward ?
How did I become a coward ?
How did I become a coward ?
How did I become a coward ?
How did I become a ...
How did I become a ...
How did I become a coward ?

Yael Naïm

vendredi, 27 mars 2015

Men in Art



C'est très beau aussi, et toujours avec du Bach (cette fois c'est la sublime bourrée de la suite n°3. Arrrh... les suites pour violoncelle, à part les Winterreise de tonton Schubert -le sommet- j'entends rien de mieux).

Le créateur Philip Scott Johnson

Vous allez reconnaître : Léonardo da Vinci, Francisco Goya, Albrecht Durer, Joshua Reynolds, Rembrandt, Andy Warhol, William-Adolphe Bouguereau, Henri Matisse, Eugène Delacroix, Jean-Francois Millet, Jan van Eyck, Peter Paul Rubens, James McNeill Whistler, John Singer Sargent, Kazimir Malevich, Nicolas Poussin, Paul Cézanne, Paul Gauguin, Vincent Van Gogh, Dante Gabriel Rossetti, Diego Velazquez, Nicholas Hilliard, Anthony Van Dyck, Titien, Veronese, Lucas Cranach l'Ancien, Edouard Manet et Pablo Picasso.

Women in art


Magnifique et avec une suite de Bach ! (la sarabande de la suite n°1 pour violoncelle)

Transmis par M.W.

Les peintres (pas facile et pas forcément dans l'ordre) : Leonardo Da Vinci, Raphael - Raffaello, Titien - Tiziano Vecellio , Botticelli , Giovanni Antonio Boltraffio, Dürer, Lucas Cranach l'ancien, Antonello da Messina, Pietro Perugino, Hans Memling, El Greco, Hans Holbein, Fyodor Stepanovich Rokotov, Rubens, Gobert, Caspar Netscher, Pierre Mignard, Jean-Marc Nattier, Élisabeth-Louise Vigée-Le Brun, Sir Joshua Reynolds, Franz Xaver Winterhalter, Alexei Vasilievich Tyranov, Vladimir Lukich Borovikovsky, Alexey Gavrilovich Venetsianov, Antoine-Jean Gros, Orest Adamovich Kiprensky, Amalie, Corot, Manet, Fantin Latour, Ingres, William Clark Wontner, William-Adolphe Bouguereau, Comerre, Leighton, Blaas, Renoir, Millias, Duveneck, Cassat, Weir, Zorn, Mucha, Paul Gaugain, Matisse, Picabia, Klimt, Hawkins, Magritte, Salvador Dali, Malevich, Merrild, Modigliani, Picasso.

Vous pouvez trouver les réponses ICI.

dimanche, 18 janvier 2015

Herméneutique (1)

création homme
Michel-Ange - création de l'Homme - chapelle Sixtine

C'est en regardant à nouveau un épisode de la série américaine "A la Maison Blanche" (The West Wing in english) que je me suis souvenu d'une assez ancienne histoire trouvée il y a quelques années sur internet et utilisée ensuite dans l'épisode 3/2 de cette série (The midterms).

Cet exemple vaut aussi pour aujourd'hui pour les musulmans qui lisent le Coran sans situer le texte dans le contexte culturel et sociologique de l'époque et ne font pas une lecture actuelle du texte avec les mots, les phrases, la pensée de ce que nous sommes aujourd'hui.

Je situe.

Laura Catherine Schlessinger est une vedette de la radio américaine qui donne des conseils à ceux qui participent à son émission.
Ses opinions la situent dans une tendance biblique d'intégristes traditionalistes, partisans de l'ordre moral, aux propos violemment homophobes. Chez les chrétiens aussi il y a de violents intégristes.
Voici une lettre ouverte à Laura Catherine Schlessinger, écrite et diffusée sur Internet par l'un de ses auditeurs américains. C'est un morceau de bravoure !

Chère Docteur Laura,
Merci de vous donner tant de mal pour éduquer les gens selon la Loi de Dieu. Votre émission m'a beaucoup appris, et j'essaie de partager ces connaissances avec le maximum de gens.
Par exemple, vous dites : "quand quelqu'un essaie de défendre l'homosexualité, je lui rappelle que le Lévitique (18:22) dit clairement que c'est une abomination".

J'ai besoin de vos conseils, toutefois, sur d'autres points précis de la Loi biblique, et sur la façon de les appliquer :

Quand je brûle un taureau sur l'autel du sacrifice, je sais que l'odeur qui se dégage est apaisante pour le Seigneur (Lev.1:9). Le problème, ce sont mes voisins : ils trouvent que cette odeur n'est pas apaisante pour eux. Dois-je les châtier en les frappant ?

J'aimerais vendre ma fille comme esclave, comme Exode (21:7) m'y autorise. A notre époque et à ce jour, quel prix puis-je raisonnablement en demander ?

Lévitique (25:4) affirme que je peux tout-à fait posséder des esclaves, mâles ou femelles, à condition qu'ils soient achetés dans les pays alentours. Un de mes amis affirme que ceci s'applique aux Mexicains, mais pas aux Canadiens. Pouvez-vous m'éclairer sur ce point ? Pourquoi ne puis-je pas posséder d'esclaves canadiens ?

J'ai un voisin qui s'obstine à travailler le jour du Sabbat. Exode (35:2) dit clairement qu'il devrait être mis à mort. Suis-je dans l'obligation morale de le tuer moi-même ?

Un de mes amis pense que même si c'est abominable de manger des fruits de mer (Lévitique 11:10), l'homosexualité est encore plus abominable. Je ne suis pas d'accord. Pouvez-vous régler notre différend ?

Lévitique (21:20) affirme que je ne dois pas approcher de l'autel de Dieu si ma vue est déficiente. Je dois admettre que je porte des lunettes pour lire. Est-ce que ma vision doit être de 10/10, ou est-il possible de trouver un arrangement ?

La plupart de mes amis de sexe masculin se font couper les cheveux, y compris autour des tempes, alors que c'est expressément interdit par Lévitique (19:27). Comment doivent-ils mourir ?

Je sais (Lévitique 11:6-8 ) que toucher la peau d'un cochon mort rend impur. Puis-je quand même jouer au foot si je porte des gants ?

Mon oncle a une ferme. Il viole Lévitique (19:19) en semant deux espèces différentes dans un même champ, et sa femme en fait autant en portant des vêtements de deux fibres différentes (coton et polyester mélangés). Il a également tendance a beaucoup jurer et blasphémer.
Est-il nécessaire d'aller jusqu'à alerter toute la ville afin qu'il soit lapidé ? (Lévitique 24:10-20).
Ne pourrions-nous pas tout simplement les mettre à mort par le feu et en privé, comme nous le faisons avec ceux d'entre-nous qui couchent avec des membres de leur belle-famille ?

Je sais que vous avez étudié à fond tous ces cas, aussi ai-je confiance en votre aide.
Merci encore de nous rappeler que la loi de Dieu est éternelle et inaltérable.
Votre disciple dévoué et fan admiratif,
Jim.


Le dialogue, tel qu'il fut repris dans l'épisode de la série "A la Maison Blanche"



Les émissions de Madame Schlessinger ont été interdites au Canada, la position du Conseil canadien des normes de la radiotélévision est très intéressante.

(1) Herméneutique : d'un mot grec qui signifie interprète, dérivé d'un nom propre, Hermès, nom du messager des dieux et interprète de leurs ordres. Art, science de l'interprétation des livres sacrés et des textes anciens. Interprétation des signes propres à une culture. Ainsi, parce que la religion juive a fait une "herméneutique" des textes bibliques, il n'est plus question de lapider la femme adultère, par exemple. Ce qui n'est pas le cas de certains croyants "intégristes", qui s'en tenant "à la lettre de l'Écriture" coupent, encore aujourd'hui, la main du voleur ou affirment que la le terre et les êtres humains ont été créés il y 6000 ans et que Darwin est un suppôt du diable.

Deux références passionnantes : Michel Foucault, L’herméneutique du sujet, cours au collège de France 1982, 2001 et Paul Ricoeur : Conflit des interprétations, Herméneutique biblique....
On pourra éventuellement se référer à ce billet : La figure du juste

mercredi, 17 décembre 2014

chercheurs de connaissance

Nous sommes pour nous-mêmes des inconnus, pour la bonne raison que nous ne nous sommes jamais cherchés... Quelle chance avions-nous de nous trouver quelques jours ? On a dit à juste titre : « Où est ton trésor, là aussi est ton cœur » ; notre trésor est là où sont les ruches de notre savoir. Abeilles-nées, toujours en quête, collecteurs du miel de l'esprit, une seule chose nous tient réellement à cœur - « ramener quelque chose à la maison. » Pour le reste, quant à la vie, aux prétendues « expériences vécues », lequel d'entre nous les prend seulement au sérieux ? Lequel en a le temps ? Ainsi arrive-t-il que nous nous frottions les oreilles après coup en nous demandant, tout étonné, « Qu'est-ce donc que nous avons au juste vécu ? », ou même « Qui sommes-nous au juste ? » et nous essayons alors de faire les comptes de notre expérience, de notre vie, de notre être - hélas ! Sans trouver de résultat juste... Nous restons nécessairement étrangers à nous-mêmes. Nous ne nous comprenons pas. À notre égard, nous ne sommes pas des chercheurs de connaissance.
Généalogie de la morale
Nietzsche

jeudi, 6 novembre 2014

Cake aux pommes et aux noix d'Anne-Marie

cake aux pommes


Ingrédients pour huit personnes :

4 pommes
100 gde cerneaux de noix
2 oeufs
150 g de beurre fondu
200 g de sucre
1 cuillerée à café de cannelle
1 sachet de sucre vanillé
250 g de farine
1 sachet de levure
1 pincée de sel

Ustensiles :

1 saladier
1 moule à cake

Recette :

Coupez en dés les pommes épluchées
Hachez les noix
Mélangez au fouet le reste des ingrédients, puis incorporez délicatement à la fin les pommes et les noix.
Préchaufez le four à 180 °c (thermostat 6). Chemisez un moule à cake de papier sulfurisé et versez-y la préparation.
Faites cuire au four pendant une heure. La pointe du couteau doit ressortie sèche. Démoulez le gâteau quand il est froid.

Servez tiède ou refroidi.

vendredi, 31 octobre 2014

Le français n'est pas facile (suite)

lettres


Pourquoi dit-on qu'il y a un
Embarras de voitures
quand il y en a trop,
et
Embarras d' argent
quand il n' y en a pas assez ?


Pourquoi parle-t-on des quatre coins de la Terre,
alors qu'elle est ronde ?


Quand un homme se meurt,
on dit qu'il s'éteint.
Quand il est mort,
on l'appelle « feu» ?

Pourquoi appelle-t-on
« coup de grâce»
le coup qui tue ?

On remercie un employé
quand on n'est pas content de ses services.

Pourquoi dit-on d'un pauvre malheureux, ruiné
et qui n'a même plus un lit où dormir,
qu'il est dans de beaux draps ?

Comment distinguer le locataire du propriétaire
lorsque ces deux personnes vous disent à la fois :
« Je viens de louer un appartement» ?

Pourquoi un bruit transpire-t-il avant d'avoir couru ?

Pourquoi lave-t-on une injure
et
essuie-t-on un affront ?

On passe souvent des nuits blanches
quand on a des idées noires.

Pourquoi, lorsqu'on veut avoir de l'argent devant soi,
faut-il en mettre de côté ?

Ou encore, il faut avoir de l'argent devant soi
pour assurer ses arrières !

Pourquoi les meilleurs crus
donnent_ils les plus fortes cuites ?

Si vous en avez d'autres ...

dimanche, 24 août 2014

Rois et reines

C'est le poème d'Èmily Dickinson, dit par Emmanuelle Devos à la fin du film "Rois et Reine" de Arnaud Desplechin, je vous mets la version anglaise, la traduction est de moi, approximative.

Water, is taught by thirst.
Land -- by the Oceans passed.
Transport -- by throe --
Peace -- by its battles told --
Love, by Memorial Mold --
Birds, by the Snow.

L'eau s'apprend par la soif
La terre par les océans traversés,
La volupté par l'anxiété,
La paix par les batailles menées,
L'amour par les poussières du souvenir,
Les oiseaux par la neige.

Une très bonne analyse de ce film et un entretien avec Dépleschin sur ce site.

dimanche, 29 juin 2014

The war of 14-18


war1418



The War of '14 - '18 performed by Cantabile
The London Quartet with Malcolm Martineau.
Excellent et très amusant.


jeudi, 20 février 2014

Quelques bonnes raisons de ne pas dire que l'on est photographe

Voici quelques phrases qu’un photographe entend régulièrement :

« Oh mon dieu ! J’adore votre travail ! Vous pourriez retoucher cet autoportrait pour ma page Facebook »
- Oui bien sûr, donner votre mail et le mot de passe s’il vous plait.

« Les photos de mes enfants sont magnifiques ! Votre appareil prend de belles photos quand même ! »
- Merci, votre utérus a fait de superbes enfants. »

« Excusez moi, vous pourriez prendre la même photo que vous avec mon super téléphone j’aimerais la poster sur Facebook. »
- Oui aucun soucis, mais il faut que je garde votre téléphone pour le faire développer.


« Dis, ça t’ennuierais de prendre ton appareil photo au mariage ? Je sais que t’es le témoin, mais je me suis dit que tu pourrais en prendre quelques unes pendant la soirée. Mais n’oublie pas de t’amuser hein, t’es pas là pour bosser. »
- Oui bien sûr, je m’amuse bien plus avec 10000 euros d’équipement qui dorment dans un coin d’une salle contenant 150 personnes dont 120 que je ne connais pas.

« Vous pourrez me rajouter un beau sourire sous Photoshop ? »
- Ça dépend, vous pourrez montrer vos dents au moment où je prendrai la photo ?

« Voilà, on voudrait environ 150 clichés du lieu, 50 portraits, en noir et blanc si possible, le tout livré sur DVD pour après demain. Par contre niveau budget on est limité à 200€ ça vous irait ? Ça fait quand même 1€ la photo. »
- Oh c’est dommage, je faisais des soldes jusqu’à 5 minutes avant que vous ne m’appeliez !

« Et si vous ne retravaillez pas vos photos, que vous nous les donnez « brut », vous pouvez descendre le prix ? »
- Ça dépend, votre traiteur il vous donne le pain, le foie gras, et il vous laisse vous démerdez avec un couteau ou il fait tout lui même ?

« Combien vous prenez pour un mariage ? Ah d’accord, non mais je comprends, c’est normal. Je vais demander à mon beau-frère de prendre les photos, ce sera moins cher et il vient de s’acheter un reflex. Merci beaucoup en tout cas. »
- Toutes mes condoléances.
« Mais c’est un mariage par un enterrement. »
- Pour vos photos.

« Vous pouvez me rendre plus belle sur Photoshop. Je m’aime pas au naturel. »
- Vous êtes consciente qu’il y a une frontière entre le miracle et Photoshop ?

« Je n’aime pas mes bras, vous avez une solution ? »
- On peut les couper si vous voulez, il me faut une scie et de quoi cautériser la plaie.

« Sinon je voudrais m’acheter un reflex, vous pouvez peut être me conseiller. Par exemple, votre matériel là, il coûte combien ? »
- 7000€ la base et comptez encore 8000€ d’objectifs.
« Ah oui quand même ! C’est pour ça que vous avez de superbes photos ! »
- Oui exactement (dépité).

« Voilà, vous allez peut être pouvoir m’aider. J’ai acheté ce reflex l’année dernière et j’ai jamais réussi à m’en servir. Vous avez une solution ? »
- Oui, il y a un excellent site qui vous évitera de perdre du temps.
« Ah oui ? Lequel ? »
- Leboncoin

« Moi aussi j’aurais trop aimé faire photographe. Photographier toute la journée, voyager dans les quatre coins du monde. »
- Moi aussi j’aurais aimé prendre des photos toute la journée.
« Ah vous avez un vrai métier à côté ? » (soupir)


« C’est combien de Megapixels votre appareil photo ? »
- 12
« C’est tout ? Mon smartphone en a 13. »


mardi, 11 février 2014

Hauts-savoyards

vache de Haute Savoie
La haute-Savoie est le département qui vote le plus à droite en France.
Donc aussi au FN.
Il y a donc des hauts-savoyards qui demandent qu'on limite l'immigration. Et il y a aussi de nombreux hauts-savoyards, y compris de droite et qui votent FN, qui vont travailler chaque jour en Suisse.
Et voila que les suisses (50,3%) décident de l'imiter l'immigration. Y compris celle des hauts savoyards. Je serais curieux de savoir où ils en sont maintenant dans leur tête !
J'aime la Haute-Savoie. Mais bon ! Ils n'ont pas construits leurs montagnes les hauts savoyards, quand ils sont arrivés, un jour, elles étaient déjà là, dans leur beauté.

dimanche, 9 février 2014

Captain Hume


Musicien anglais du 17e siècle, pas très connu. La pavane est magnifique, et c'est une danse !

samedi, 8 février 2014

Le Pardon (reloaded)

L’étymologie et la signification

En hébreux mehilah , le pardon des péchés et des transgressions est l’un des treize attributs divins cités dans Exode 34,6-7.  « Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité ».

En grec, aphésis est un nom d’action qui signifie « laisser aller, laisser partir ».

Il a de multiples significations, très banales, que l’on utilise par exemple quand on tient quelqu’un pour quitte d’une dette financière, quand on parle de la libération d’un prisonnier ou de l’affranchissement d’un esclave, il peut même être question de « relâcher » la terre cultivable tous les sept ans[1].

Flavius Josèphe[2] au cours du premier siècle utilise toujours l’aphésis dans une acception littéraire et parle de « pardonner les fautes passées » dans le sens d’absoudre, mais toujours dans un sens profane.

Au 12ème siècle, pour le philosophe et rabbin Maïmonide, l’individu doit s’assurer du pardon divin, et pour cela respecter trois étapes : confesser, c’est à dire avouer son péché, se repentir, c’est à dire le regretter, puis prendre la résolution de ne plus pécher. Mais ensuite, il ne doit pas se contenter d’obtenir le pardon de Dieu, il lui faut également s’efforcer d’obtenir le pardon de son prochain. Prochain qui a lui aussi des obligations dans ce processus, puisque même victime ou offensé, il lui est demandé de ne pas rejeter plus de trois fois la demande de pardon : « soit souple comme un roseau et non rigide comme un cèdre »[3].

Dans la tradition chrétienne, l’aphésis perd totalement son sens profane et, utilisé 36 fois dans les Évangiles, il signifie uniquement le « pardon des péchés ». Jésus n’annonce pas seulement le pardon, il l’exerce, il atteste qu’il a le pouvoir de l’exercer et transmet ce pouvoir.


soulages.jpg

Pierre Soulages


Le pardon est donc un héritage religieux, que Jacques Derrida qualifie « d’abrahamique », terme dans lequel il rassemble « les judaïsmes, les chrétientés et les islams ».

Par-delà le don, au-delà du don, au-delà donc de l’action de donner, il y a le pardon. Pardonner, ce serait remettre à quelqu’un la punition d’une faute ou d’un péché, ce serait considérer une offense comme non-avenue, ce serait renoncer à en tirer vengeance, mais c’est sans doute beaucoup plus encore comme nous allons essayer de le voir.

Le champ sémantique du pardon

Aujourd’hui, le champ sémantique qui voisine le pardon est étendu et susceptible d’introduire des confusions ou des restrictions de sens. On y rencontre la faute, le sacrilège, la honte, la culpabilité, la vengeance, la justice, l’injustice, etc.

Le pardon n’est réductible ni à la repentance ni à l’excuse qui sont regrets de l’acte commis, ni à l’aveu qui est reconnaissance de cet acte, ni à l’amnistie et à la prescription qui libèrent juridiquement, ni à la clémence qui adoucit le châtiment, ni à la magnanimité qui est bienveillance. Le pardon est un concept créé pour apporter une réponse à la possibilité de vivre ensemble malgré les conflits interpersonnels, interfamiliaux, interclaniques, pour sortir des cercles de vengeance.

Pourquoi s’intéresser au Pardon ?

Il y a mon histoire d’abord, que je ne développerai pas au-delà du nécessaire, mais qui est sans doute l’un des moteurs de mon intérêt sur ce sujet. Je me suis aperçu, assez tardivement, que le refus du pardon pouvait empoisonner la relation à soi-même et aux autres. Que ce pardon, qu’un jour au plus profond de soi-même l’on donne, libère, rend plus léger, alors même que les conséquences de la souffrance subie sont toujours présentes, qu’elles sont mêmes en grande partie constitutives de ce que nous sommes, que ceux qui en sont les responsables n’en sont que peu conscients et que de surcroît l’idée même d’en demander pardon ne leur traversât jamais l’esprit.

ll y a aussi ce siècle dans lequel j’aurai vraisemblablement le plus vécu et qui fut constitué d’indicibles génocides, guerres, massacres, que je cherche à comprendre dans l’espoir de pouvoir participer à éviter qu’ils se perpétuent, n’évitant pas en cela de poser la question du mal, de la mémoire, de l’oubli, de la justice, de la réparation et du pardon.

Il y a enfin cette prolifération des excuses étatiques, politiques, ecclésiastiques, « la grande scène du repentir » [4]: Jacques Chirac s’excuse au nom de la France pour les déportations des juifs sous Vichy, le président allemand se rend à Oradour-sur-Glane, le Pape demande pardon pour Galilée et le Japon à la Corée, alors même que le concept de pardon n’est pas né et ne s’est pas développé dans ces cultures. Au Japon, accorder le pardon à un individu qui a commis un délit, c’est l’autoriser « techniquement » à réintégrer la société et a y être à nouveau utile.

Cette mondialisation du concept de pardon, ou comme le dit Jacques Derrida cette mondialatinisation du concept de pardon, ne présente t-il pas un risque de le vider de son sens, de sa fonction, de son utilité ?

Les guerres, les crimes, les atrocités ont accompagné l’homme depuis toujours. Pourquoi donc le pardon est-il aujourd’hui un concept plus discuté qu’il ne le fut jamais, qu’est-ce qui a donc changé ?

La nature même des monstruosités commises pendant le 20ème siècle et la connaissance quasi universelle que nous en avons me paraissent être deux éléments déterminants. Mais comment parler de pardon après la Shoah, le génocide arménien, le Cambodge, le Rwanda, le Kosowo, la Somalie… ?

Et si, comme le dit le philosophe Vladimir Jankélévitch, « le pardon est mort dans les camps de la mort », alors plusieurs questions se posent.

Le pardon est-il possible ?

Derrida pense qu’il y a bien de l’impardonnable mais que paradoxalement la seule chose qui reste justement à pardonner, « qui appelle le pardon », c’est l’impardonnable.

Des survivants d’Auschwitz, du Ghetto de Varsovie ou d’Oradour ont déclaré avoir pardonné à ceux qui ont décimé leur famille, leur village, leur peuple. « Le pardon doit s’annoncer comme l’impossible même. Il ne peut être possible qu’à faire l’impossible. » nous dit Derrida. [5] A l’infini du mal infligé, il demande de répondre, par l’infini de l’amour, par l’infini du pardon, sans condition et en l’absence de toute réciprocité, de façon complètement dissymétrique. « Aimez votre ennemi ! ».

Vladimir Jankélévitch, hanté par le génocide nazi et sa négation de l’égalité ontologique des êtres humains n’est absolument pas du même avis. D’une fureur inconsolable, il pense que ces crimes sont impardonnables et imprescriptibles (ce qui impliquent que d’autres crimes ne le soient pas), introduisant en cela le refus que le temps « émousse toutes choses », que le temps rende impossible la justice due aux victimes, et que « le temps qui travaille à l’usure du chagrin comme il travaille à l’érosion des montagnes, le temps qui favorise le pardon et l’oubli, le temps qui console, le temps liquidateur et cicatrisateur, n’atténue (…) la colossale hécatombe» .[6] Pour de tels crimes la  « loi d’oubli ne joue pas »..

Cependant, au cours des siècles, d’autres crimes odieux furent commis, ne serait-ce que pendant la 1ère guerre mondiale. Alors, quelle différence entre Verdun et Dachau ? « C’est que nous sommes, [avec le génocide des juifs, des tsiganes, des homosexuels ou des handicapés mentaux] en présence d’un crime métaphysique, qui vise à supprimer l’existence de l’Autre, non pas en tant que tel ou tel, mais en tant qu’Homme ».

Mais soit, nous dit Jankélévitch, posons la question du pardon.

« Pour pardonner, il faut que le bourreau demande le pardon. C’est la détresse (…) du coupable qui seul donnerait un sens et une raison d’être au pardon. (…) Il faudrait pour prétendre au pardon, s’avouer coupable, sans réserves ni circonstances atténuantes. (…) mais nous ont-ils jamais demandé pardon ?»

Pour pardonner, il faudrait pouvoir aussi « punir le criminel d’une punition proportionnée à son crime.[7]» ce que la monstruosité de ces crimes rend impossible.

Et puis, ajoute Jankélévitch, seules les victimes pourraient pardonner, et ce pardon suppose la parole dont on a voulu les priver. Alors qui peut s’arroger le droit de pardonner, en vertu de quels principes ?

« Seigneur, ne leur pardonnez pas, car ils savent ce qu’ils font » [8].

Le pardon des crimes monstrueux serait donc impossible et imprescriptible. Vers la fin de sa vie Jankélévitch eut cependant des positions plus nuancées quand il disait « il existe entre l’absolu de la loi d’amour et l’absolu de la liberté méchante, une déchirure qui ne peut être entièrement décousue ». [9] 

Mais ne peut-on situer le pardon qu’a l’extrême horizon du mal absolu. Il y a aussi celui ou celle qui ne demande pas vengeance contre celui qui a tué hier, lors du braquage d’une banque, sa femme et son enfant ?

Edgar Morin parce qu’il ne se situe pas uniquement face à l’irréparable peut poser la question autrement et demander aux communautés, aux peuples, aux états, de ne pas confondre l’acte et la personne qui l’a commis, de prendre en compte les contextes culturels, psychologiques, ethniques, même « s’il est difficile d’appréhender le poids du contexte ».

Il sait à quel point le pardon est difficile. Mais « Il y a l’infini du pardon ». Alors se situant sur un chemin, il propose des étapes. Il demande d’abord que nous sortions de l’archaïque loi du talion. Il ne demande pas que nous donnions tout de suite le pardon qu’il sait être plus loin, plus difficile à atteindre, mais de commencer par la non-vengeance, puis progressivement d’avancer sur le chemin de la compréhension, de la clémence, de la mansuétude, de la magnanimité. Le pardon qu’il espère est un pari « éthique » qu’il propose pour refuser que le mal fait par les tortionnaires nous envahisse et progresse en nous-mêmes, pour ne pas céder non plus à une « exigence éperdue de châtiment », pour atteindre progressivement, aussi lentement que l’homme en est capable, une société plus civilisée.

Mais il convient de ne pas oublier que toute démarche qui amènera un jour au pardon ne peut commencer qu’après que la justice soit passée. Rien en fait ne pourra réellement commencer tant que celle-ci n’aura pas été rendue. La création d’un Tribunal Pénal International par exemple est, dans cet objectif, un outil nécessaire. Pardonner avant de juger reviendrait à accepter l’impunité et ajouterait à l’injustice et à la douleur des victimes. Pour que la victime puisse commencer son deuil et aller vers le pardon, pour que le coupable puisse mesurer la gravité de son acte, en accepter la sentence et donner une suite à sa vie, la justice se doit d’être et d’être juste. C'est exactement la fonction, limitée et tardive certes, mais essentielle du procès de Douch au Cambodge.

C’est vis à vis de ce devoir de justice que nous devons aux victimes que se situe le devoir de mémoire. Quel équilibre trouver entre trop de mémoire et trop d’oubli ? Comment refuser de s’inscrire dans une histoire, dans une culture et hériter dans le même temps de toutes les offenses commises par ses pères ? Comment être descendant de Mozart et petit-fils de Wagner ?

Ne vaudrait-il pas mieux oublier ?

C’est ce que propose l’article 1 de l’Édit de Nantes qui arrêtera la guerre entre les Français catholiques et protestants et qui dit « La mémoire de toutes les choses passées d’une part ou d’autre… demeurera éteinte et assoupie comme s’il s’agissait de choses non advenues. »

C’est ce que fit De Gaulle avec les français, quand il réécrivit, des la fin de la guerre, une France qui ne comptait que des « résistants » au nom de la paix civile à reconstruire. Et il est bon parfois de fermer les yeux, de mettre le visage dans ses deux mains et de se dire que tout cela n’a pas eu lieu, que l’on soit l’offensé ou l’offenseur.

Mais l’on sait depuis Freud, que le retour du « refoulé » pour les individus comme pour les peuples, le retour du traumatisme enfoui, crée des névroses qui seront la cause de maladies, de catastrophes ou de monstruosités peut-être pire encore.

Pour Paul Ricoeur[10], le devoir de mémoire est nécessaire et ne conduit pas à ressasser de vieilles choses, mais à mettre le passé obsédant et traumatisant à distance, à l’empêcher de corrompre le présent. Le devoir de mémoire devient alors libération et permet de se tourner vers l’avenir car il retourne la mémoire en projet.

Alors, puisqu’il n’est pas possible de compter sur l’oubli, il faut donc reparler du pardon.

« Tu vaux mieux que tes actes », c’est l’énonciation à partir de laquelle Paul Ricoeur, s’adressant au criminel, pense lui, le pardon possible. Il décide à partir d’un acte tourné vers le passé - pardonner le crime qui a été commis hier - de construire l’avenir. « Je ne te résume pas aux actes que tu as commis. »

Et contrairement à Jankélévitch qui pense que face à l’impardonnable le pardon n’est pas possible ou extrêmement difficile, contrairement à Derrida qui décide de pardonner l’impardonnable, sans contrepartie, sans demande d’aucune sorte, sans condition, Ricoeur propose un pardon qui rétablit l’échange, qui sauvera la possibilité de communiquer, de parler, avec celui-là même qui, par ses actes, a rompu la possibilité d’une communication interhumaine. Mais, il en attend une réciprocité et il espère que ce sera l’amour !

Le temps et le pardon

Histoire, mémoire, oubli, imprescriptibilité, la relation entre l’homme et le temps est donc un élément essentiel pour aborder le pardon. Le temps qui échappe à l’homme. « Le fait [qui fut] accompli (le crime ou l’offense par exemple), emporté par un présent qui fuit, échappe à jamais à l’emprise de l’homme, mais pèse sur son destin. (…) Derrière la mélancolie de l’éternel écoulement des choses, (…) il y a la tragédie de l’inamovibilité d’un passé ineffaçable. » C’est ainsi qu’Emmanuel Lévinas aborde ce sujet.

[11]

Lévinas craint que l’homme ne trouve pas dans son présent de quoi effacer un passé douloureux et ne puisse pas y vivre complètement sa liberté. Ce pourrait être le cas des victimes des crimes nazis pour lesquels le poids du passé obérerait cette liberté de vivre complètement le présent, mais aussi celui de certains allemands de la génération née après la deuxième guerre mondiale.

Et Lévinas voit alors dans le pardon, celui que l’on demande, celui que l’on donne et celui que l’on reçoit de quoi modifier l’irréversibilité du temps, qu’il résume dans cette phrase magnifique : avec « le pardon qui répare », (…) « le temps s’affaisse énervé au pied de l’homme comme une bête blessée.» et rend à l’Homme le choix de sa destinée.

Mais où trouver la force de pardonner

Nous tuons et nous sommes tués. Parce que nous sommes tous, toujours, à un moment de notre vie, et l'agresseur et la victime ? Est-ce que pouvoir pardonner sans préalable, sans exigence, sans condition, ce ne serait pas aussi être capable de mourir à un passé pour en renaître et vivre.

Nombreux furent les victimes des camps, tel Primo Lévi, qui se suicidèrent quelques années plus tard faute d'avoir pu trouver en eux la force de pardonner.

Vladimir Jankélévitch ne put sortir de sa douleur extrême parce qu'il ne trouvât pas en lui de quoi pardonner à ceux qui l'avait tué, en tuant sa famille, son peuple, l'Homme.

Parce que pardonner est un action difficile, personnelle, intérieure, inconditionnelle. Nous essaierons de trouver, peut-être, la force de pardonner par le Savoir, la Tolérance, l’Humilité, la Sagesse et l’Amour.

Permettez-moi pour terminer de vous proposer un bref extrait d’un texte de Jorge-Luis Borgès « Aspérion » dans lequel Le Minotaure, enfermé dans le Labyrinthe, nous dit :


[« Tous les neuf ans, neuf êtres humains pénètrent dans la maison pour que je les délivre de toute souffrance. J'entends leurs pas et leurs voix au fond des galeries de pierre, et je cours joyeusement à leur rencontre. Ils tombent l'un après l'autre, sans même que mes mains soient tachées de sang. Ils restent où ils sont tombés. Et leurs cadavres m'aident à distinguer des autres telle ou telle galerie. J'ignore qui ils sont. Mais je sais que l'un d'eux, au moment de mourir, annonça qu'un jour viendrait mon rédempteur. Depuis lors, la solitude ne me fait plus souffrir, parce que je sais que mon rédempteur existe et qu'à la fin il se lèvera sur la poussière. Si je pouvais entendre toutes les rumeurs du monde, je percevrais le bruit de ses pas. Pourvu qu'il me conduise dans un lieu où il y aura moins de galeries et moins de portes. Comment sera mon rédempteur ? Je me le demande. Sera-t-il un taureau ou un homme ? Sera-t-il un taureau à tête d'homme ? Ou Sera-t-il comme moi ? » Le soleil du matin resplendissait sur l'épée de bronze, où il n'y avait déjà plus trace de sang.
« Le croiras-tu, Ariane ? dit Thésée, le Minotaure s'est à peine défendu. » ]

F. D.



[1] Sens utilisé dans les Septante

[2] Historien juif, deuxième moitié du 1er siècle

[3] Taan 20b

[4] Jacques Derrida Le siècle et le Pardon page 106

[5] Jacques Derrida,  Le siècle et le Pardon p109

[6] Vladimir Jankélévitch, L’imprescriptible p 25

[7] Vladimir Jankélévitch, Pardonner ? p29

[8] Vladimir Jankélévitch, Pardonner p43

[9] Vladimir Jankélévitch, l’imprescriptible p14

[10] Paul Ricoeur, « La mémoire, l’histoire, l’oubli »

[11] Emmanuel Lévinas, « Quelques réflexions sur la philosophie de l’hitlérisme » éditions Rivages poche 1997





vendredi, 24 janvier 2014

Tamié (Savoie) suite

Tamié janv 2014

Ce matin le monde a changé

mercredi, 22 janvier 2014

Tamié - Savoie

tamié janv 2014

Vue de ma chambre, belle froidure, beau temps.

lundi, 13 janvier 2014

Voeux

« Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens,
À l’aube de cette année 2014, je vous souhaite beaucoup de bonheur.
Une fois dit ça... qu’ai-je dit? Que souhaité-je vraiment ?
Je m’explique :
Je nous souhaite d’abord une fuite périlleuse et ensuite un immense chantier.
D’abord fuir la peste de cette tristesse gluante, que par tombereaux entiers, tous les jours, on déverse sur nous, cette vase venimeuse, faite de haine de soi, de haine de l’autre, de méfiance de tout le monde, de ressentiments passifs et contagieux, d’amertumes stériles, de hargnes persécutoires.
Fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur. Une fois réussie cette difficile évasion, je nous souhaite un chantier, un chantier colossal,
pharaonique, himalayesque, inouï, surhumain parce que justement totalement humain. Le chantier des chantiers.
Ce chantier sur la palissade duquel, dès les élections passées, nos élus s’empressent d’apposer l’écriteau : “Chantier Interdit Au Public“
Je crois que j’ose parler de la démocratie.
Être consultés de temps à autre ne suffit plus. Plus du tout. Déclarons-nous, tous, responsables de tout.
Entrons sur ce chantier. Pas besoin de violence. De cris, de rage. Pas besoin d’hostilité. Juste besoin de confiance. De regards. D’écoute. De constance.
L’État, en l’occurrence, c’est nous.
Ouvrons des laboratoires, ou rejoignons ceux, innombrables déjà, où, à tant de questions et de problèmes, des femmes et des hommes trouvent des réponses, imaginent et proposent des solutions qui ne demandent qu’à être expérimentées et mises en pratique, avec audace et prudence, avec confiance et exigence.
Ajoutons partout, à celles qui existent déjà, des petites zones libres.
Oui, de ces petits exemples courageux qui incitent au courage créatif.
Expérimentons, nous-mêmes, expérimentons, humblement, joyeusement et sans arrogance. Que l’échec soit notre professeur, pas notre censeur. Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage. Scrutons nos éprouvettes minuscules ou nos alambics énormes afin de progresser concrètement dans notre recherche d’une meilleure société humaine. Car c’est du minuscule au cosmique que ce travail nous entrainera et entraine déjà ceux qui s’y confrontent. Comme les poètes qui savent qu’il faut, tantôt écrire une ode à la tomate ou à la soupe de congre, tantôt écrire Les Châtiments. Sauver une herbe médicinale en Amazonie, garantir aux femmes la liberté, l’égalité, la vie souvent. Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs.
Il faut qu’ils sachent que, ô merveille, ils ont une œuvre, faite de mille œuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants.
Disons-le, haut et fort, car, beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère.
Quel plus riche héritage pouvons-nous léguer à nos enfants que la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient.
Qu’attendons-nous ? L’année 2014 ? La voici.

Les vœux de l’an 2014 par Ariane Mnouchkine

PS : Les deux poètes cités sont évidemment Pablo Neruda et Victor Hugo »

vendredi, 18 octobre 2013

Le français ce n'est pas facile

Exemples :

Le plus long mot palindrome de la langue française est « ressasser ». C'est le seul qui se lise dans les deux sens.
Institutionnalisation est le plus long lipogramme en « e ». C'est-à-dire qu'il ne comporte aucun « e ».
Pérec a écrit le roman lipogramme le plus long en langue française. La disparition ne comporte jamais la lettre e. Il faut sans doute comprendre sans" eux", ses parents morts dans les camps nazis.
L'anagramme de guérison est soigneur.
Endolori est l'anagramme de son antonyme indolore, ce qui est très paradoxal.
Squelette est le seul mot masculin qui se finit en « ette ».
est le seul mot contenant un « u » avec un accent grave. Il a aussi une touche de clavier à lui tout seul !
Le mot simple ne rime avec aucun autre mot. Tout comme triomphe, quatorze, quinze, pauvre, meurtre, monstre, belge, goinfre ou larve.
Délice, amour et orgue ont la particularité d'être de genre masculin au singulier et féminin au pluriel. Toutefois, peu sont ceux qui acceptent l'amour au pluriel. :) Ils ont tort.
Oiseau
est avec 7 lettres, le plus long mot dont on ne prononce aucune des lettres : [o], [i], [s], [e], [a], [u], [x] . C'est aussi le plus petit mot de langue française contenant toutes les voyelles.

Curieux notre français, n'est-ce pas ?
Je dirais plutôt compliqué....

En français : deux mots composés des mêmes lettres se prononcent toujours de la même façon
?
En êtes-vous bien sûr ?
Voici quelques exemples d'homographes de prononciations différentes ! (On appelle homographes et non homophones des mots qui s'écrivent de la même façon mais se prononcent différemment selon leur sens).
Sortant de l'abbaye où les poules du couvent couvent, je vis ces vis. Nous portions nos portions, lorsque mes fils ont cassé les fils. Je suis content qu'ils vous content cette histoire.
Mon premier fils est de l'est, il est fier et l'on peut s'y fier.
Ils n'ont pas un caractère violent et ne violent pas leurs promesses. Leurs femmes se parent de fleurs pour leur parent.
Elles ne se négligent pas, je suis plus négligent.
Elles excellent à composer un excellent repas avec des poissons qui affluent de l'affluent.
Il convient qu'elles convient leurs amis, elles expédient une lettre pour les inviter, c'est un bon expédient.
Il serait bien que nous éditions cette histoire pour en réaliser de belles éditions.

Voyons aussi quelques exemples d'homographes de même prononciation :
Cette dame qui dame le sol, je vais d'abord te dire qu'elle est d'abord agréable.
A Calais, où je calais ma voiture, le mousse grattait la mousse de la coque.
Le bruit dérangea une grue, elle alla se percher sur la grue.
On ne badine pas avec une badine en mangeant des éclairs au chocolat à la lueur des éclairs.
En découvrant le palais royal, il en eut le palais asséché, je ne pense pas qu'il faille relever la faille de mon raisonnement.

Voici l'exemple le plus extraordinaire de la langue française !
Le ver allait vers le verre vert.

Dans une main, j'ai un VER de terre et dans l'autre, un VERRE d'eau.
J'ouvre les deux mains et les deux (???) tombent.
Comment écrire cette phrase ?

Transmis par D.C.

On pourra également se délecter de la page du "Jardin de Joeliah" sur ce sujet.


mardi, 15 octobre 2013

Hackers

Mon site ayant été attaqué par des hackers, Free a suspendu mon site pendant deux semaines. J'ai été obligé d'ajouter des sécurités supplémentaires et de supprimer commentaires et mail de contact. Désolé
FD

lundi, 19 août 2013

Commensalité

thanksgiving

Fin de la commensalité ?
Fin du génocide des dindes et du gigot-haricots ?
Allergies, hallal, casher, macrobio, végétariens, végétaliens, fitness, cholestérol, sans-sel... ! On va s'emmerder ferme !
Ah ! La tripe à la mode de Caen, les rillettes (de canard ?), le rognon au madère, le gratin dauphinois, le bar en croûte de sel, le bœuf bourguignon, le couscous-merguez, le camembert au lait cru et le Paris-Brest ! Même si ce n'est pas souvent.

mercredi, 24 juillet 2013

Rui

Alors, nous travaillions tous dans un projet européen pour l'adaptation des formations aux personnes en situation de handicap.
L'un de nos partenaires était ARCIL une association qui avait investi tout un village, Lousã, près de Coimbra au Portugal, pour créer des centres de formation, des ateliers adaptés, une ferme...
Un travail admirable.
Et le soir nous allions dîner et écouter du fado, pas n'importe lequel, celui de Coimbra, qui est très différent de celui de Lisboa. Et l'un des intervenants d'ARCIL, qui l'est toujours, chantait,
Rui, avec sa gentillesse et sa voix d'ange.
C'est lui qui chante dans la vidéo ci-dessous.



dimanche, 14 juillet 2013

Humeur du jour

Même les amis, on peut pas compter sur eux !
Justement je disais à l'un d'entre eux, il y a une heure à peine, que j'avais joué une grenouille dans Alice's Adventures in Wonderland , le movie de Tim. Il ne m'a pas cru, c'est dingue. Ce n'est quand même pas de ma faute s'ils ont coupé la scène au montage.

mercredi, 12 juin 2013

Pyramidal

Prenons pour exemple la construction de Khéops, pyramide de la IVe dynastie. Si l'on considère sa forme, il semblerait que la réduction progressive du nombre d'emplois fut inéluctable. Sauf à entreprendre immédiatement la construction de Képhren évidemment.
Bien sûr certains pensent qu'ils auraient pu commencer par la pointe. Peut-être, mais c'est évidemment plus délicat. L'avantage c'est que les travaux n'auraient eu aucune raison de cesser. D'où maintient des emplois !
pyramide


vendredi, 24 mai 2013

Intolérance cléricale

Le curé de Megève perd le droit d'exercer ses fonctions pour appartenance à la Franc-maçonnerie. Or, cette information était connue depuis fort longtemps, y compris par son évêque.
Mais ce prêtre est pour le mariage des prêtres, défend la laïcité, et à REFUSé DE LAISSER AFFICHER LES TRACTS ANTI-MARIAGE POUR TOUS dans son église.
On comprend mieux les raisons réelles de cette action inquisitoriale du Vatican.

curé Mégève


vendredi, 19 avril 2013

Mariage pour tous


Une admirable intervention à l'Assemblée nationale de l’anthropologue Françoise Héritier qui tint le siège de Claude Lévi-Strauss au Collège de France. Enfin une contribution qui remet les pendules à l'heure sur l'évolution de la filiation, de l'affiliation, de la parenté et de l'engendrement depuis le néolithique, au delà d'une approche essentiellement occidentale et catholique qui veut nous faire accroire à son universalité et à son intemporalité.

samedi, 26 janvier 2013

Jake Bugg

Pas d'erreur, j'aime beaucoup. 19 ans, un style entre Dylan et Donovan. Allez sur Youtube, il y a plein d'autres chansons



jeudi, 6 décembre 2012

De senectute (suite)

Vieillir, c’est chiant. J’aurais pu dire : vieillir, c’est désolant, c’est insupportable, c’est douloureux, c’est horrible, c’est déprimant, c’est mortel. Mais j’ai préféré "chiant" parce que c'est un adjectif vigoureux qui ne fait pas triste. Vieillir, c'est chiant parce qu'on ne sait pas quand ça a commencé et l'on sait encore moins quand ça finira. Non, ce n'est pas vrai qu'on vieillit dès notre naissance. On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant. On était bien dans sa peau. On se sentait conquérant. Invulnérable. La vie devant soi. Même à cinquante ans, c'était encore très bien. Même à soixante. Si, si, je vous assure, j'étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme. Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps –mais quand ?- j'ai vu le regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l'âge, qu'ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge. J'ai lu dans leurs yeux qu'ils n'auraient plus jamais d'indulgence à mon égard. Qu'ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables. Sans m'en rendre, compte, j'étais entré dans l'apartheid de l'âge. Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants. "Avec respect", "En hommage respectueux", "Avec mes sentiments très respectueux". Les salauds ! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect ? Les cons ! Et du "cher Monsieur Pivot" long et solennel comme une citation à l'ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !

Un jour, dans le métro, c'était la première fois, une jeune fille s'est levée pour me donner sa place. J'ai failli la gifler. Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué "Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J'ai pensé que, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir. –Parce que j'ai les cheveux blancs ? – Non, ce n'est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âge que moi, ça a été un réflexe, je me suis levé... – Je parais beaucoup, beaucoup plus âgé que vous ? – Non, oui, enfin un peu, mais ce n'est pas une question d'âge… - Une question de quoi, alors ? – Je ne sais pas, une question de politesse, enfin, je crois…" J'ai arrêté de la taquiner, je l'ai remerciée de son geste généreux et l'ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.

Lutter contre le vieillissement ? C'est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien. Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l'amour, ni à la sexualité, ni au rêve. Rêver, c'est se souvenir, tant qu'à faire, des heures exquises. C'est vagabonder entre le désir et l'utopie. La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce. J'aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l'adagio du Concerto n° 23 en la majeur de Mozart, soit, du même, l'andante de son Concerto n° 21 en ut majeur, musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux, pas même étonnés, les paysages sublimes de l'au-delà.

Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés. Nous allons prendre notre temps. Avec l'âge, le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement. Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années ? En mois ? En jours ? Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital. Mais, comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération. Après nous, le déluge, non, Mozart ?

VIEILLIR selon Bernard Pivot
(extrait de son livre paru en avril 2011 : Les mots de ma vie)



Transmis par M.A.

mercredi, 5 décembre 2012

Maïmonide

maimonide.jpg
Je me souviens de ma première rencontre avec Maïmonide. C’était il y a au moins vingt ans, en Andalousie, à Cordoue. La chaleur était épuisante. Nous serions restés des heures, l’esprit suspendu entre les huit cents colonnes de la Mesquita. Seul le soleil de midi pénétrait les ruelles étroites de la judéria qui, le reste du jour, nous donnaient ombre et douceur, nous laissaient apercevoir au fond de sombres passages des patios de fraîcheur. C’est sur une petite place avoisinante que se trouve une statue en bronze de Maïmonide, récente, ordinaire, imaginaire, posée comme une excuse.
En 1492 le dernier prince maure chassé de Grenade quitte Al Andalous. Il passe ce col de la Sierra Nevada qui s’ouvre vers la mer d’où l’on voit encore l’Alhambra. Il se retourne lentement et pousse un soupir de tristesse. Près de huit cents ans de présence !
Quand Maïmonide naquit le 11 mars 1135 dans la judéria de Cordoue, la période de tolérance, de paix, de richesse que l’Andalousie avait connue au 10 et au 11ème siècle était déjà passée ; mais elle avait rendu ce pays riche et avait allumé une lumière autour de la Méditerranée et dans toute l’Europe.
Les conquérants syriens y étaient minoritaires et le pays se composait d’espagnols mozarabes, de berbères, de slaves et de nombreuses communautés juives. Les califes les plus éclairés s’entouraient d’artistes, d’architectes, de docteurs, de philosophes, d’astronomes. La tolérance n’y avait pas le même sens qu’aujourd’hui, elle y était réglementée et les têtes pouvaient tomber brutalement. Mais les juifs pouvaient être médecins ou ministres des califes, les chrétiens avaient des évêques, travaillaient la terre ou étaient artisans, les musulmans commerçaient, construisaient des palais et des jardins, faisaient progresser les mathématiques.
Enfants du Livre et d’Abraham, ils vivaient ensemble, dans un mariage d’amour et de raison, comme on ne sait plus le faire mille ans plus tard, pratiquant leur culte, tous tournés vers l’est, leurs enfants se chamaillaient en langue arabe poursuivant dans les ruelles les chiens affamés.
Moïse Ben Maïmon est fils d’un juge érudit. Sa curiosité est encyclopédique, il lit tous les livres. Le Pentateuque, les psaumes de David, le livre de Job, les Nombres, le Talmud, l’organon d’Aristote, les traités de Galien le médecin grecque de Pergame. Il regarde les étoiles, découvre la logique, étudie les entrailles des animaux que l’on vient de sacrifier et assiste peut-être à des dissections humaines.
Il rencontre vraisemblablement Averroès de quelques années son aîné, lui aussi né à Cordoue, grand philosophe, juriste et médecin arabe. C’est lui qui fit redécouvrir à l’Occident chrétien, qui l’avait oubliée, la philosophie d’Aristote dont il deviendra un très grand commentateur. C’est le qualificatif que Dante lui donnera dans l'enfer de la Divine Comédie. Situation difficile pour un musulman que d’être croyant, d’accepter le texte révélé et d’étudier la rationalité des choses. L’homme de tolérance qu’était Averroès le paiera, sur la fin de sa vie, de disgrâces et de persécutions.
Maïmonide perd sa mère alors qu’il n’a que douze ans, l’année même ou les Almohades venus de Mauritanie avec une armée pauvre, hâve, affamée et nombreuse chasse les Almoravides, tolérants, riches et installés depuis cent cinquante ans.
Les persécutions s’abattent sur les juifs et les chrétiens qui n’ont que trois possibilités, partir, se convertir ou mourir. Les Maïmon partiront en trois jours emportant sur trois mules le contenu de leur maison, laissant là les sépultures de leurs pères. Mais ils sont juifs et leur Dieu est l’Innommable, Celui qui n’a pas de nom ou des centaines, Celui qui n’est pas au-dessus comme l’imagine ceux qui croient au Crucifié, mais en face, Celui que l’on ne représente pas, Celui qui n’est pas là où est la statue, mais partout dans l’univers et dont la parole est dans le Livre. Ils ne partent pas seuls.
Maïmonide a 17 ans, il écrit un traité de logique, d’inspiration aristotélicienne qui traite également de métaphysique et d’éthique.
Errance en Espagne pendant 10 ans, en Provence, à Montpellier 1 où sont plusieurs communautés juives.
Rabi Moshe Ben Maïmon, que la tradition rabbinique nomme RAMBAM, acronyme du nom utilisé traditionnellement pour nommer les grands maîtres, est d’abord juif. Il appartient à cette culture spirituelle pour laquelle le même verbe signifie “ connaître ” et “ aimer ”, le même verbe signifie “ manger ” et “ apprendre ”, le même verbe intéresse le corps et l’esprit.
A 25 ans, Moïse Maïmon est à Fez au Maroc, chez l’oppresseur, chez les Almohades. Il se convertit à l’Islam pour pouvoir continuer à vivre et écrit avec son père un “ épître sur la consolation ” destiné aux juifs qui, comme eux, sont forcés à la conversion ; pour les apaiser, pour réfuter leur apostasie et leur expliquer comment rester, avec quelques actes simples, de vrais juifs. «Il ne faut pas hésiter à se convertir à l’Islam, religion monothéiste,  pour sauver sa vie, Mais aussi vite que les conditions le permettent, il faut fuir la région dangereuse et rechercher refuge en de contrées plus tolérantes et revenir à sa foi.».
Un “ épître sur la persécution ” prolonge l’épître précédent, dans une démarche qui récuse le choix entre une conversion forcée et le martyr, démarche résolument non fondamentaliste et qui est aujourd’hui encore d’une grande modernité. A ceux qui de loin disent «mourez en martyr» pour votre foi, Maïmonide dit non. Ces textes permirent aux juifs d’Espagne, après 1492, de se convertir, à l’injonction d’Isabelle la Catholique, mais de développer l’attitude dite des “ conversos” d’acceptation apparente de la chrétienté et de pratique secrète de la religion. Cervantès, Thérèse d'Avila, Spinoza seraient des descendants de ces convertis.
A 30 ans, Maïmonide est en Palestine ; à Jérusalem il prie devant le Mur occidental du Temple et à Hébron sur le tombeau d’Abraham puis s’installe en Égypte. Son autorité de rabbin s’affirme, ses livres sont recopiés et voyagent autour de la Méditerranée. Il enseigne les Écritures mais refuse d’en obtenir rétribution considérant que l’on ne doit pas “ se servir de la Thora pour labourer son jardin ”. Il exerce la médecine à Alexandrie puis au Caire et devient le médecin personnel du Sultan. Il soignera Saladin (Salah-Al-Din) et Richard Cœur-de-Lion blessé au cours de sa croisade. Il laissera de nombreux ouvrages médicaux et distinguera dans son approche deux catégories : celles qui se rapportent aux corps et celles qui se rapportent à l’esprit. Une prise en compte du psychosomatique en quelque sorte, ce qui rend encore très actuels certains de ses écrits, sur l’asthme en particulier.
A 50 ans il publie son œuvre majeure, le “ guide des égarés ”2 ou“ guide des perplexes ”.
Un ami prêtre me contait un jour sa colère contre une jeune fille quelque peu ravie, emplie d'une foi radieuse, qui lui expliquait qu’elle ne se préoccupait guère du lendemain, de la nécessité de se nourrir et que si elle avait envie de confiture de fraises au petit déjeuner du lendemain matin, Dieu y pourvoirait. Que Dieu satisfasse son envie alors que dans le même temps des milliers d’enfants meurent de faim, qu'Il n'intervint ni à Auschwitz, ni à Hiroshima ne lui posait aucune question.
Et Maïmonide de demander : “ Si Dieu sait, est-il Dieu ? Et s’il ne sait pas l’est-il ? 
Dieu peut-il intervenir ? Non bien sur, s'Il nous veut libre.
Maïmonide dit : “ Dieu n’intervient jamais. N’en attends rien, sers le, c’est tout ”, reprenant en cela les paroles de David à Salomon. Et il ajoute : “ Et si le concept de Dieu t’es problématique, le service de Dieu ne le sera pas ”.
Maïmonide réfute le concept de providence personnelle, tel qu’il ressort dans des dits populaires tels que : “ on ne lève pas le doigt ici-bas que s’il en a été décrété ainsi en haut ”, ou “ A demain, si Dieu le veut ! ”. Et tentant de concilier foi et rationalité, Il développe un principe de providence générale et décrit cinq thèses possibles.
La première dit qu’il n’y a pas de providence et que tout est issu du hasard ou de la nécessité (Epicure, Démocrite).
La deuxième est celle d’Aristote qui dit que le hasard n’existe pas et que tout, sous la lune et le soleil est réglé par des intelligences.
La troisième est encore plus déterministe. Un bateau coule ou une maison s’écroule, tout était écrit.
La quatrième reconnaît une semi-liberté, les actions vertueuses s’accordant à la providence divine et le vice ne s’y accordant pas.
La cinquième, celle de Maïmonide, considère que l’homme a la stricte liberté de choix et n’est pas soumis au déterminisme de la volonté divine.
Les thuriféraires du déterminisme sont encore légions et ne sont pas uniquement religieux. Des gourous de la génétique recherchent pêle-mêle le gène de prédisposition à la violence, à l’alcoolisme, à la mélancolie, aux déviances sexuelles, à la musique, à la folie, à l’intelligence, à la dépression nerveuse, à la créativité... Porte ouverte aux manipulations génétiques, au clonage, à la sélection des embryons.
page du codex MaÏmonide
Au 12ème siécle, Maïmonide affirme donc la liberté de l’homme, il affirme aussi la nécessité de la séparation impérative entre foi et raison.
Les communautés juives d’Andalousie avait intégré dans leur enseignement la lecture des philosophes grecques contrairement aux communautés du nord de l’Europe qui l’interdisaient. Maïmonide va plus loin, si loin qu’il fut soupçonné d’être un rationaliste dissimulé sous un théologien. Pour lui toute interprétation des textes bibliques qui ne serait pas en accord avec la raison serait une interprétation erronée. Maïmonide refuse toute approche magique, surnaturelle, imaginaire de la compréhension des textes. Il n’hésite d’ailleurs pas à aller chercher dans des textes païens des explications complémentaires. Sa fidélité à son peuple, à sa culture, son refus du fanatisme religieux s’accompagne d’une capacité à reconnaître une vérité même quand elle est dite par un ennemi.
D'aucuns affirment toujours que le savoir est dans les textes révélés qui comportent toutes les réponses, sans la moindre possibilité d'herméneutique. Toute conclusion scientifique qui serait en contradiction, serait impie donc interdite. C’est ce type de raisonnement qui faillit coûter la vie à Galilée. Il renia ses conclusions, les sachant de toutes façons exactes, proche de l’attitude qu’aurait vraisemblablement prise Maïmonide.
Maïmonide réfute aussi dans le “ guide des perplexes ” l’idée de la centralité de l’être humain dans la création dont il serait aussi la finalité.
Il fut beaucoup attaqué pour ce refus de la centralité de l’homme et en particulier par les Kabbalistes pour qui l’homme est finalité puisque symbole de la divinité. Thomas d’Aquin ne ménagera pas non plus ses attaques contre Maïmonide pour les mêmes raisons. Pour être certains d’être compris de tous, Maïmonide ajoutait : “ L’Homme n’a aucune supériorité sur l’animal, car tout est vanité ”.
Bien sur, Maïmonide est homme de foi et sa mission est de servir Dieu. Mais sa foi n’est ni niaise, ni béate, ni confortable. La philosophie lui est essentielle pour éviter les égarements, pour épurer les scories de l’imagination humaine et s’éloigner des idolâtries. La raison anime son mode de pensée et de compréhension. Il est résolument contre les intégrismes et l’intolérance.
Thomas D’Aquin, Descartes, Kant, Michel Foucault et Lacan font référence à la pensée de Maïmonide, tout comme YechaYahou Leibovitz, 3 grand biochimiste, philosophe et théologien israélien qui enseigna à l’université de Jérusalem ? Leibowitz commença l’enseignement à plus 65 ans, se battit pour que les femmes aient une égalité religieuse dans le judaïsme, et prit, après la guerre des six jours, la tête de ceux qui pensaient nécessaires la création d’un état palestinien. A plus de 90 ans, il manifestait encore dans la rue pour pousser de jeunes soldats à l’objection de conscience. Leibovitz grand commentateur de Maïmonide, a rédigé de nombreux ouvrages sur ses écrits.
Maïmonide mourut en 1204 au Caire. Sa dépouille fut transportée des années plus tard à Tibériade où elle repose.

1. L' histoire des juifs à Montpellier remonte sans doute à la fondation de la ville en 985.
2. Le Guide des égarés Edition Verdier

3. YechaYahou Leibovitz, La foi de Maïmonide, éditions du cerf

A lire : La Confrérie des Éveillés. Jacques ATTALI. Éditions Fayard, sur Maïmonide et Averroes
A voir : Le destin, film de Youssef Chahine sur Averroes
A voir : vidéo "Leibowitz l'homme responsable devant Dieu"
A voir : vidéo "Maïmonide, "homme de foi, homme de pensée"

mardi, 27 novembre 2012

Pour être mieux entendu, allitérez !

L'allitération est une figure de style destinée à créer dans la phrase une musique, une harmonie, par la répétition de consonnes ou de voyelles. Et puis ça aide aussi à mémoriser.

«Jeanne sur son âne, tout feu tout flamme, part samedi soir pour la foire d'Issoire.
Quelle histoire !
Ursule sur sa mule qui tire à hue et à dia, y va cahin caha. Passe côté cour puis côté jardin et tombe nez à nez sur l'âne de Jeanne.
Et patatras le voilà cul par dessus tête.
Et patati et patata, nez à nez, dos à dos, pied à pied, vivement s'invectivent, hurlent sans rime ni raison.
Au fin fond se dit Ursule qui gesticule Jeanneton a raison.
Lui propose repos et repas gras qui font gros et gras.
Nom de nom, se dit Jeanne, Ursule est une crapule qui n'a ni foi ni loi. Me promet monts et merveilles, mais me voulait aliter, je ne serai pas crédule.
Lui file une paire de claques.
Ursule se sent morveux, se mouche, remet ses cliques et bon gré mal gré, s'en retourne sur sa mule, sans tambour ni trompette.
Tout est bien qui finit mal. Au loin l'hulotte hulule."
(1)

L'allitération fut beaucoup utilisée dans la poésie anglaise. Celle-ci était destinée à être chantée.(Chaucer, Shakespeare... )

When forty winters shall besiege thy brow
And dig deep trenches in thy beauty's field (...) (3)

Lorsque quarante hivers assiègeront ton front,
au champ de ta beauté creuseront des tranchées...


Mais il ne faut pas confondre allitération et virelangue (tongue-twister in english). Ce dernier, tout allitératif qu'il soit est destiné à provoquer d'hilarantes difficultés de prononciation. Un grand classique des cours d'école de notre enfance.

"C'est six sous, ces saucissons-là ? Si ces six saucissons valent six sous, combien valent ces six saucissons-ci ?" Spéciale hérédité charcutière !
"Si six scies scient six cigares, six-cent-six scies scient six-cent-six cigares." Eh oui !
«Pruneau cuit, pruneau cru, pruneau cuit, pruneau cru, pruneau cuit, …» (succès garanti pendant la redoutable période "caca-boudin").

Et le classique et très complet :

«Kiki était cocotte, et Koko concasseur de cacao. Kiki la cocotte aimait beaucoup Koko le concasseur de cacao. Or un marquis caracolant, caduc et cacochyme, conquit par les coquins quinquets de Kiki la cocotte, offrit à Kiki la cocotte un coquet caraco kaki à col de caracul. Quand Koko le concasseur de cacao s’aperçut que Kiki la cocotte avait reçu du marquis caracolant, caduc et cacochyme un coquet caraco kaki à col de caracul (2), Koko le concasseur de cacao conclut : je clos mon caquet, je suis cocu !»

Quant à l'assonance, c'est une allitération de voyelles :

«Cuisinant en chantant le merlan, le hareng, le chenapan de dix ans prend son temps, doucement, mijotant sans maman le présent de nos dents. Du nanan !
Sa frangine, Clémentine la coquine, a l'angine. Elle débine ses sardines. Assassine, la gamine n'est pas fine, elle badine ses babines, lui serine pateline des comptines. La bibine illumine sa bobine sanguine."»
(1) Pas mal, non ! ;)

(1) R. H.
(2) race de mouton
(3) Shakespeare - Les Sonnets 2

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